Je me suis mis à la guitare électrique en Avril 1987 et ma première guitare fut une magnifique Takamine GX 200 couleur crème. Mon ami Pat qui m’avait vendu cette guitare m’avait aussi vendu un ampli Premier des années 60 et c’est avec cet arsenal que j’ai fait mes premiers pas dans le rock, j’avais été violoniste et pianiste classique auparavant. Vers le début Juin, ma mère m’avait parlé d’un étudiant travaillant avec elle qui recherchait un guitariste pour son groupe.
Le type en question m’avait téléphoné et après quelques échanges sur nos styles de musique respectifs, il a été convenu que je serais à la pratique du groupe la fin de semaine suivant l’échange téléphonique. En arrivant dans le local, j’ai réalisé que j’avais vu ce groupe en spectacle quelques mois plus tôt à l’auditorium de mon école secondaire. Les 3 membres étant plus âgés de 2 à 3 ans que moi, n’ayant aucune expérience de band et grattant de la six cordes depuis moins de 3 mois, je n’étais pas gros dans mes « shorts ».
Once or Twice jouait des reprises de New Wave moelleux et doux ainsi que quelques compositions avec des paroles dans un Anglais vraiment épouvantable. Une des premières pièces que j’ai eu à apprendre fut Some Girls are Bigger than Others du groupe Britannique The Smiths. Je n’aimais vraiment pas cette pièce mais je voulais jouer dans un groupe à tout prix. J’ai appris à aimer The Smiths par la suite en découvrant leur répertoire varié et musicalement très bien composé et interprété. Le jeu de basse de Andy Rourke m’a grandement influencé et a contribué à définir le son de basse caractéristique de ce qui allait devenir Poète Maudit.
La Chronosphère: Dimanche 31 Mai 2015
The Smiths – Some Girls are Bigger than Others – 1986

Après avoir pris conscience que l’Alternatif était vaste et n’était pas toujours du New Wave rose bonbon à la Thompson Twins, je me suis lié d’amitié avec certains des corbeaux présents au spectacle de Haunting Today. Ces bibites noires fréquentaient régulièrement le Studio 84 et rapidement j’ai penché vers le côté sombre. Un soir de veillée hebdomadaire, le DJ avait fait jouer une pièce qui se trouvait sur la compilation de l’Ombre Jaune que j’affectionnais particulièrement.
Le Studio 84 avait organisé un spectacle en faisant venir un groupe de Québec totalement inconnu. Mes amis Yvan et Phano m’avaient traîné là en insistant sur le fait que ce spectacle serait mémorable. Mes connaissances en matière de musique Alternative étaient encore très limitées et ma tenue vestimentaire encore des plus ordinaires. J’en était à ma 4e ou 5e incursion au Studio et en arrivant le soir du spectacle, ce qui m’a frappé le plus a été la rangée de chaises vides sur la piste de danse face à une simili scène remplie d’instruments et d’amplificateurs. Le reste du bar était rempli de gens habillés en noir et personne ne semblait vouloir prendre les chaises. Alors, ados innocents que nous étions, nous sommes allés nous assoir à la première rangée. Un drôle de type grassouillet avec les cheveux longs ébouriffés, lui aussi habillé en noir, est venu nous dire de ne pas rester là car les chaises vont « revoler » assez vite.
En commençant à fréquenter le Studio 84, j’ai eu accès à un vaste répertoire allant du New Wave bonbon à l’Industriel bruyant. Bien avant de devenir humoriste, Jean Claude Gélinas était un passionné de cette musique hors norme et était très réceptif à nos questionnements sur telle ou telle chanson ou tel ou tel groupe. Ma rencontre progressive avec des petits amis en noir a rapidement contribué à mon éducation. Il y avait une chanson d’un trio Anglais qui tournait régulièrement le Vendredi soir mélangeant le folk et le punk sur des paroles assez directes qui traitaient d’un « 51e État d’Amérique ». Étant un « maudit séparatiste », cette chanson m’interpellait beaucoup et m’a amené à découvrir un des groupes les plus influents sur ma musique et ma façon de jouer. New Model Army est une de ces formations méconnues et surtout sous évaluées comme je les aime. Une musique à l’état brut, directe, honnête et sans artifices.
C’est en me remémorant le documentaire Urgh! A Music War que j’ai réalisé que j’avais cumulé plusieurs années de retard sur le monde Punk/Alternatif. Non pas que j’avais honte de mes années Métal, au contraire, je me sentais plus imbécile qu’autre chose d’avoir été entraîné a me fermer l’esprit. Pourtant, j’avais plusieurs amis alternos et punks durant ma passe métal et ceux-ci fiers témoins que je sois maintenant dans le droit chemin ( ! ) ont rapidement pallié à mon manque d’éducation en me gavant littéralement de l’histoire musicale underground des 10 années précédentes. C’est là que j’ai eu une révélation et que mon style vestimentaire très ordinaire a commencé à changer.
L’écoute de la cassette de l’Ombre Jaune allait plus tard m’apporter son lot d’influences. Ayant aucun titre de chanson ou nom de groupe de disponible sur cette cassette il était quasi impossible de déterminer comment faire mes recherches pour retrouver les groupes présents sur la compilation. Il y avait une radio (dont j’oublie le nom) à Trois-Rivières avec une émission appelée Énergies Toutes Directions et son animateur était un certain Jean Claude Gélinas. Ce dernier était également DJ le Vendredi soir dans un bar de Nicolet.
L’année 1987 a été une année de grands changements et bouleversements pour ma part et le Métal était de plus en plus derrière moi. Mis à part Voïvod qui évoluait très différemment, je ne suivais plus la scène et je me tournais vers d’autres styles de musique underground. Un jour, un de mes grands amis avait mis la main sur une cassette de « mix » provenant de l’Ombre Jaune à Québec. Pour être en mesure de m’amadouer pour me faire écouter la dite cassette, il m’avait dit que c’était du « Heavy… New Wave ». 90 minutes de différents groupes qui tournaient dans ce bar Alternatif.
Étant fasciné par la culture Punk et la sonorité de ce style musical non conformiste, je me suis mis à la tâche de découvrir d’autres groupes pour élargir mes connaissances en la matière. Un ami m’avait fait écouter une compilation de The Exploited et comme de raison, je suis tombé sous le charme de cet album. C’est avec la pièce Insanity que j’ai fais mes premiers accords sur une guitare, une Takamine GX200 crème achetée à un ami virtuose. Ayant rapidement compris la base de cet instrument, je suis rapidement passé au travers de Totally Exploited. Mon influence punk sur le manche provient directement de ce groupe Anglais qui a grandement contribué a façonner le guitariste que je suis aujourd’hui.
1986 a été une année de grands crus niveau albums Métal. Voïvod avec RRRÖÖÖAAARRR, Slayer avec Reign in Blood, Metallica avec Master of Puppets pour ne nommer que ces célèbres classiques. Cette année a aussi été ma dernière en tant que que « Metalhead » aguerri. J’ai certes fait la découverte de quelques groupes supplémentaires avec d’excellents albums comme Dark Angel et son Darkness Descend ou Game Over de Nuclear Assault mais mon changement de cap vers le punk m’amenait de plus en plus à indéniablement délaisser le Métal.
Le Crossover commençait à prendre de l’ampleur aux Etats-Unis et il était intéressant de constater les différentes sonorités selon l’État d’où les formations provenaient. Issu de New York, Crumbsuckers avait poussé plus loin l’idée des mélanges de styles en incorporant le Punk Anglais, le Hardcore de la côte ouest, le Hard Rock et les solos de guitares typiques du Heavy Metal. Le premier album, Life of Dreams, est devenu rapidement un classique et une référence indéniable du genre et malgré une existence très courte, Crumbsuckers a eu une très grande influence sur bon nombre de groupes qui ont contribué à façonner le Métal par la suite.
Ma soudaine prise de conscience sur le punk et le hardcore m’a amené à creuser plus loin pour découvrir ce monde rebelle et dénonciateur. Le côté sombre du métal avec ses allusions au diable et tout ce qui vient avec commençait à me lasser assez rapidement et la société, la contestation, la rébellion et le monde en général devenaient de plus en plus des sujets auxquels je m’identifiait. J’avais entendu parler d’une formation Américaine prometteuse qui donnait dans un style agressif tiré vers le punk, ce qui fut ma première incursion dans le monde du Hardcore pur et dur. Avec ses nombreuses pièces très courtes, Dealing with It avait la sonorité que je recherchais. Une nouvelle vision musicale s’offrait à moi et ma passion pour le métal venait d’en prendre un coup. C’est grâce à cet album que j’ai pu enlever mes œillères et enfin affronter la musique avec un regard plus large, un peu comme quand j’étais plus jeune.
Vers la fin de l’été 1985, il a été annoncé que deux membres et un ex-membre de Anthrax avaient formé un nouveau groupe offrant un style de métal fort différent de ce qui existait jusqu’alors. Il aura fallu quelques mois avant de pouvoir se procurer cet album, les autorités Canadiennes l’ayant interdit sur son territoire dû à son titre très dérangeant. C’est en importation via le Rock en Stock que j’ai finalement pu me procurer Speak English or Die. Mes parents n’étaient pas très en accord avec le titre de cet album, ce qui m’a valu une sévère critique à ce propos… 
















