Au fil de mes découvertes musicales, il y a des pièces esseulées qui se sont glissées dans ma liste digne de mention. Quelques fois, des artistes et/ou groupes pondent une excellente pièce qui nous marque à jamais mais ne réussissent malheureusement pas à nous faire accrocher à ne serait-ce qu’une partie de leur répertoire. Dans mes prochaines chroniques, plusieurs de ces pièces solitaires s’imbriqueront au travers de mes influences majeures.
Je commence aujourd’hui avec une formation de Montréal que j’avais découvert à Nu Music animé par Claude Rajotte à Musique Plus. Ce groupe à tendances Punk/Gothique était à la fin des années 70 une figure emblématique du Punk Montréalais et performait sous le pseudonyme de 222’s. Après quelques retours ratés, 222’s est devenu 39 Steps et a connu un certain succès dans les années mi-80. Seule la pièce titre de l’album Slip into the Crowd est à mentionner, il s’agissait en fait d’une ancienne pièce des 222’s. Le reste de l’album était correct mais pas suffisamment pour être mentionné comme étant une influence directe. Mais, la pièce en question est digne de mention.
La Chronisphère: Mercredi 10 Juin 2015 – Série pièces solitaires
39 Steps – Slip into the Crowd – 1987

Quelques temps après ma découverte du punk, j’avais flairé qu’une bonne partie des groupes et des gens issus de ce mouvement étaient une sorte de frime et pas très conséquents avec leurs propos et c’est pour cette raison que je ne n’ai jamais vraiment embarqué dans cette vague anarchiste à 100%. Les punks jappaient fort mais baissaient la tête au moment d’agir. Du moins, c’était ma perception. Lorsque j’ai découvert Dead Kennedys et son porte parole Jello Biafra, j’ai compris qu’il y en avait dans le lot qui étaient capables d’agir et garder intact leur discours. Avec des musiciens talentueux, des compositions de génie et des paroles qui frappent là où ça fait mal, Dead Kennedys est selon moi la véritable référence du punk comme il se doit d’être: Revendiquer sans aucun compromis et Jello Biafra est toujours resté intègre et fidèle à ses propos.
Comme j’appréciais de plus en plus les synthétiseurs et la musique industrielle, je recherchais de plus en plus pour en connaître davantage sur ce monde inexploré. La découverte du combo Belge Front 242 n’a fait que renforcer ma soif et mon avidité à trouver des trésors dans le large éventail de cette musique martelée et oppressante. C’est la faute de Pat Coll si j’ai été obligé d’adhérer à ce mouvement et en être intoxiqué jusqu’à maintenant. Ce dernier m,avait fait découvrir Front 242 ( en passant, ça se prononce front deux quatre deux ) avec la pièce Quite Unusual à laquelle je suis tombé totalement accro.
Ma première pièce en tant que « lead guitar » a été une reprise d’un groupe coloré provenant de Liverpool. Et oui, il y a a eu d’autres groupes connus provenant de cette ville désormais légendaire dans le monde du rock. Le groupe en question avait des tenues vestimentaires et des coiffures très avant-gardistes et la musique de celui-ci l’était tout autant. Le très sous évalué guitariste Paul Reynolds a contribué largement au son de A Flock Of Seagulls avec son style de guitare en écho et sa tendance à jouer un tantinet plus « heavy » que la majorité des guitaristes New Wave de l’époque.
La grande majorité de ce que j’écoutais en frais de musique était axée sur les traditionnelles guitares, basses, batteries qui parfois étaient colorées avec un soupçon de claviers. J’aimais bien les sons générés par les synthétiseurs, Once or Twice en incorporait beaucoup dans ses nouvelles compositions, mais pas au point d’imaginer aimer des pièces et des groupes axés uniquement sur les claviers. Mais, il y avait cette pièce présente sur la compilation de l’Ombre Jaune totalement synthétique avec une ambiance très sombre et martelée et une voix qui rappelait ce qui se faisait dans le métal. Pat Coll avait rapidement identifié la chanson et le groupe en question et a tôt fait mon éducation étant lui même un inconditionnel de ce groupe de Vancouver.
Il y avait plusieurs pièces d’une formation électronique Anglaise qui tournaient régulièrement au Studio 84. Bien que j’aimais bien certaines de ces pièces, New Order ne m’a jamais vraiment ébloui par sa musicalité, je trouvais ça trop mou. C’est en découvrant l’avant New Order que j’ai été marqué. Contrairement à la majorité des fans de Joy Division, ce n’est pas son chanteur devenu une icône qui m’a marqué dans ce groupe. Certes, Ian Curtis avait une voix unique mais loin d’être juste et ce qui a fait de lui une légende c’est son esprit torturé et son suicide.
Le claviériste du groupe m’avait prêté quelques disques en insistant pour que j’écoute l’un d’entre eux. C’était un album qui comprenait également un 12″ ( rien à voir avec les sandwiches supposés bons pour la santé ) d’un groupe Anglais que je me devais de découvrir. Le Maxi 45 tours comprenait 3 pièces dont une reprise de David Bowie et une pièce que j’avais entendue à quelques reprises au Studio 84. J’ai adoré cet album et je me suis rendu compte que trois des membres de ce groupe faisaient partie de Love and Rockets.
Durant mon étape 100% Métal, une amie qui était venue chez nous avec ses parents pour un réveillon de Noël m’avait fait écouter l’album d’une formation assez bruyante au niveau des guitares. Sans affirmer que j’avais aimé ça, le nom de ce groupe était toujours resté coincé dans un petit coin de ma mémoire jusqu’au jour où l’album en question me saute aux oreilles. Les souvenirs de la distorsion profonde et extrême saturée de feedbacks me sont revenus et j’ai immédiatement accroché sur ce Rock and Roll sombre et agressant.
J’avais souvent par le passé entendu parler d’une formation Alternative Anglaise qui se voulait être une supposée référence dans le domaine. Étant de grands amateurs de cette formation, mes trois nouveaux collègues avaient manifesté le désir de jouer une pièce de ce groupe et de l’ajouter au court répertoire de Once or Twice. Le problème était qu’aucun de nous n’était en mesure de reproduire la partie vocale de ce groupe tant la voix était unique et quand même assez haute en tonalité.
Je me suis mis à la guitare électrique en Avril 1987 et ma première guitare fut une magnifique Takamine GX 200 couleur crème. Mon ami Pat qui m’avait vendu cette guitare m’avait aussi vendu un ampli Premier des années 60 et c’est avec cet arsenal que j’ai fait mes premiers pas dans le rock, j’avais été violoniste et pianiste classique auparavant. Vers le début Juin, ma mère m’avait parlé d’un étudiant travaillant avec elle qui recherchait un guitariste pour son groupe.
Après avoir pris conscience que l’Alternatif était vaste et n’était pas toujours du New Wave rose bonbon à la Thompson Twins, je me suis lié d’amitié avec certains des corbeaux présents au spectacle de Haunting Today. Ces bibites noires fréquentaient régulièrement le Studio 84 et rapidement j’ai penché vers le côté sombre. Un soir de veillée hebdomadaire, le DJ avait fait jouer une pièce qui se trouvait sur la compilation de l’Ombre Jaune que j’affectionnais particulièrement.
Le Studio 84 avait organisé un spectacle en faisant venir un groupe de Québec totalement inconnu. Mes amis Yvan et Phano m’avaient traîné là en insistant sur le fait que ce spectacle serait mémorable. Mes connaissances en matière de musique Alternative étaient encore très limitées et ma tenue vestimentaire encore des plus ordinaires. J’en était à ma 4e ou 5e incursion au Studio et en arrivant le soir du spectacle, ce qui m’a frappé le plus a été la rangée de chaises vides sur la piste de danse face à une simili scène remplie d’instruments et d’amplificateurs. Le reste du bar était rempli de gens habillés en noir et personne ne semblait vouloir prendre les chaises. Alors, ados innocents que nous étions, nous sommes allés nous assoir à la première rangée. Un drôle de type grassouillet avec les cheveux longs ébouriffés, lui aussi habillé en noir, est venu nous dire de ne pas rester là car les chaises vont « revoler » assez vite.
En commençant à fréquenter le Studio 84, j’ai eu accès à un vaste répertoire allant du New Wave bonbon à l’Industriel bruyant. Bien avant de devenir humoriste, Jean Claude Gélinas était un passionné de cette musique hors norme et était très réceptif à nos questionnements sur telle ou telle chanson ou tel ou tel groupe. Ma rencontre progressive avec des petits amis en noir a rapidement contribué à mon éducation. Il y avait une chanson d’un trio Anglais qui tournait régulièrement le Vendredi soir mélangeant le folk et le punk sur des paroles assez directes qui traitaient d’un « 51e État d’Amérique ». Étant un « maudit séparatiste », cette chanson m’interpellait beaucoup et m’a amené à découvrir un des groupes les plus influents sur ma musique et ma façon de jouer. New Model Army est une de ces formations méconnues et surtout sous évaluées comme je les aime. Une musique à l’état brut, directe, honnête et sans artifices.
C’est en me remémorant le documentaire Urgh! A Music War que j’ai réalisé que j’avais cumulé plusieurs années de retard sur le monde Punk/Alternatif. Non pas que j’avais honte de mes années Métal, au contraire, je me sentais plus imbécile qu’autre chose d’avoir été entraîné a me fermer l’esprit. Pourtant, j’avais plusieurs amis alternos et punks durant ma passe métal et ceux-ci fiers témoins que je sois maintenant dans le droit chemin ( ! ) ont rapidement pallié à mon manque d’éducation en me gavant littéralement de l’histoire musicale underground des 10 années précédentes. C’est là que j’ai eu une révélation et que mon style vestimentaire très ordinaire a commencé à changer.
L’écoute de la cassette de l’Ombre Jaune allait plus tard m’apporter son lot d’influences. Ayant aucun titre de chanson ou nom de groupe de disponible sur cette cassette il était quasi impossible de déterminer comment faire mes recherches pour retrouver les groupes présents sur la compilation. Il y avait une radio (dont j’oublie le nom) à Trois-Rivières avec une émission appelée Énergies Toutes Directions et son animateur était un certain Jean Claude Gélinas. Ce dernier était également DJ le Vendredi soir dans un bar de Nicolet.
L’année 1987 a été une année de grands changements et bouleversements pour ma part et le Métal était de plus en plus derrière moi. Mis à part Voïvod qui évoluait très différemment, je ne suivais plus la scène et je me tournais vers d’autres styles de musique underground. Un jour, un de mes grands amis avait mis la main sur une cassette de « mix » provenant de l’Ombre Jaune à Québec. Pour être en mesure de m’amadouer pour me faire écouter la dite cassette, il m’avait dit que c’était du « Heavy… New Wave ». 90 minutes de différents groupes qui tournaient dans ce bar Alternatif.
Étant fasciné par la culture Punk et la sonorité de ce style musical non conformiste, je me suis mis à la tâche de découvrir d’autres groupes pour élargir mes connaissances en la matière. Un ami m’avait fait écouter une compilation de The Exploited et comme de raison, je suis tombé sous le charme de cet album. C’est avec la pièce Insanity que j’ai fais mes premiers accords sur une guitare, une Takamine GX200 crème achetée à un ami virtuose. Ayant rapidement compris la base de cet instrument, je suis rapidement passé au travers de Totally Exploited. Mon influence punk sur le manche provient directement de ce groupe Anglais qui a grandement contribué a façonner le guitariste que je suis aujourd’hui.
1986 a été une année de grands crus niveau albums Métal. Voïvod avec RRRÖÖÖAAARRR, Slayer avec Reign in Blood, Metallica avec Master of Puppets pour ne nommer que ces célèbres classiques. Cette année a aussi été ma dernière en tant que que « Metalhead » aguerri. J’ai certes fait la découverte de quelques groupes supplémentaires avec d’excellents albums comme Dark Angel et son Darkness Descend ou Game Over de Nuclear Assault mais mon changement de cap vers le punk m’amenait de plus en plus à indéniablement délaisser le Métal.
Le Crossover commençait à prendre de l’ampleur aux Etats-Unis et il était intéressant de constater les différentes sonorités selon l’État d’où les formations provenaient. Issu de New York, Crumbsuckers avait poussé plus loin l’idée des mélanges de styles en incorporant le Punk Anglais, le Hardcore de la côte ouest, le Hard Rock et les solos de guitares typiques du Heavy Metal. Le premier album, Life of Dreams, est devenu rapidement un classique et une référence indéniable du genre et malgré une existence très courte, Crumbsuckers a eu une très grande influence sur bon nombre de groupes qui ont contribué à façonner le Métal par la suite.
Ma soudaine prise de conscience sur le punk et le hardcore m’a amené à creuser plus loin pour découvrir ce monde rebelle et dénonciateur. Le côté sombre du métal avec ses allusions au diable et tout ce qui vient avec commençait à me lasser assez rapidement et la société, la contestation, la rébellion et le monde en général devenaient de plus en plus des sujets auxquels je m’identifiait. J’avais entendu parler d’une formation Américaine prometteuse qui donnait dans un style agressif tiré vers le punk, ce qui fut ma première incursion dans le monde du Hardcore pur et dur. Avec ses nombreuses pièces très courtes, Dealing with It avait la sonorité que je recherchais. Une nouvelle vision musicale s’offrait à moi et ma passion pour le métal venait d’en prendre un coup. C’est grâce à cet album que j’ai pu enlever mes œillères et enfin affronter la musique avec un regard plus large, un peu comme quand j’étais plus jeune.
Vers la fin de l’été 1985, il a été annoncé que deux membres et un ex-membre de Anthrax avaient formé un nouveau groupe offrant un style de métal fort différent de ce qui existait jusqu’alors. Il aura fallu quelques mois avant de pouvoir se procurer cet album, les autorités Canadiennes l’ayant interdit sur son territoire dû à son titre très dérangeant. C’est en importation via le Rock en Stock que j’ai finalement pu me procurer Speak English or Die. Mes parents n’étaient pas très en accord avec le titre de cet album, ce qui m’a valu une sévère critique à ce propos… 







